
Mis en ligne par LaMosha le 12 octobre 2026
Mis à jour le 12 octobre 2026

Un des livres qui m’a le plus marquée ces dernières années s’intitule « Les pizzlys » de Jérémie Moreau. Loin d’être une simple bande dessinée, il s’agit d’un roman graphique de toute beauté, destiné à un large public, une œuvre à la fois profonde et très bien ancrée dans la réalité des bouleversements que nous vivons actuellement.
Les pizzlys existent vraiment : ce sont des animaux hybrides, nés de l’union de grizzlys et d’ours polaires chassés de leurs terres glaciaires par le réchauffement climatique. Ce roman graphique raconte l’histoire d’une famille en déliquescence qui se retrouve en Alaska dans un monde qui s’écroule. Au milieu de ce chaos à la fois intérieur et extérieur, chacun fera son chemin en conscience vers l’évolution du monde.
Cette histoire est un condensé de philosophie, de psychologie, d’approche intégrale, de spiritualité des peuples autochtones. Elle reprend tous les grands principes des sagesses millénaires. Et comme le livre est facile d’accès, avec des illustrations très tendres, des couleurs lumineuses et un trait plein de poésie, c’est une première approche idéale pour des adultes novices ou des enfants, ou tout simplement pour planter des petites graines chez le lecteur.
En tant que maman, j’ai toujours eu à cœur de transmettre certaines notions-clés pour lesquelles je n’ai pas forcément l’opportunité d’engager un dialogue avec mes enfants, et cet ouvrage constitue une jolie base de réflexion. Il ouvre la porte à des questionnements autour de thèmes tels que la dynamique d’évolution des consciences (dans la vie d’un individu comme dans toute la société), l’impact des traumas individuels et collectifs sur l’éveil, le pouvoir de transformation par l’imagination, l’importance du rêve, l’ubiquité de la conscience, la créativité en reliance avec la source… Mais aussi des messages universels comme la nécessité d’une action collective qui rassemble, ou encore l’évidence de la solidarité avec le Vivant (dans le sens d’Unité absolue entre toutes les formes de Vie)… et je m’arrêterai là car je pourrais développer pendant des heures 😉 !
Les états de dissociation psychologique, les rêves et les états modifiés de conscience sont très habilement illustrés, avec un rendu psychédélique traduit graphiquement par des couleurs et des formes vivantes – comme cette main devenue forêt, ou des mandalas. Ces planches-mandalas (que l’on retrouve dans tous les livres de Jérémie Moreau) permettent au lecteur non seulement de ressentir l’unité entre tous les éléments du Vivant au niveau horizontal, mais également au niveau vertical en se connectant à l’âme dans son aspect collectif.
J’ai longtemps cru que l’auteur avait dû expérimenter un état de connexion entière lorsqu’il a fait naître cette forme graphique, voire une transe. Or, lors d’une rencontre en librairie où j’ai pu échanger avec lui, j’ai découvert avec grande stupéfaction qu’il n’était ni adepte de la transe, ni spirituel, et encore moins familier avec l’approche intégrale. Jérémie Moreau est un contemplatif qui a la capacité de s’émouvoir devant la sobole d’un tilleul ou la recherche constante d’humidité du crapaud alyte. Il tire ses sources d’inspiration chez Baptiste Morizot, Vinciane Despret ou Olivier Remaud mais ne se considère pas comme une personne en quête de spiritualité alors que toute son œuvre en est empreinte. Et c’est là qu’on est en droit de s’émerveiller devant la cohérence de l’Univers qui permet à chacun d’entre nous de parcourir le chemin pour aller vers le même but avec des voies riches et variées !
Avec ce livre, Jérémie Moreau invite la jeunesse à incarner l’espoir du monde nouveau en lui accordant la légitimité pour faire le lien avec l’ancien, et révéler ses potentialités après le point de bascule. Les ouvertures de conscience de cette nouvelle jeunesse annoncent les prémices du « retour du temps du mythe » dont parlent les anciens ; et je laisserai les derniers mots au personnage d’Annie, la vieille Alaskienne Gwich’in qui annonce, pp.176-177, que « ce chaos est tout l’inverse d’une fin du monde (…) c’est un bouillonnement, une immense redéfinition de toutes choses…(…) le passage d’un monde à l’autre. »