
Mis en ligne par Gwenlg le 09 juin 2026
Mis à jour le 09 juin 2026

Nous autres fans de la pensée intégrale, aimons beaucoup faire des liens. Et celui entre Edgar Morin et Ken Wilber semble si évident. Pensée complexe, pensée intégrale, blanc bonnet et bonnet blanc ?
Tout d’abord, ils ont pointé tous les deux le fait qu’on a trop compartimenté les savoirs, les sciences à l’Université, ou encore les disciplines à l’école. Français, math, arts,etc. elles ont certes leurs didactiques propres mais n’avons-nous pas perdu de vue ce qui les relie à force d’hyper-spécialisation ? Autre dichotomie appauvrissante : avoir ériger en dogmes les savoirs rationnels occidentaux contre des approches spirituelles orientales. Avoir fait de la rationalité une chapelle, voilà qui ne manque pas de sel… En France, la spiritualité, c’est privé et familial. À tel point qu’on est bien embêtés lorsque ces questions reviennent quand même par la fenêtre dans les classes… On ne sait plus comment aborder le sujet simplement, sans confondre enseignement et prosélytisme.
Autre point commun, ce qu’Edgar appelait une approche hologrammatique et ce que Wilber qualifierait plutôt d’holarchique. Mais les deux peuvent se combiner. On retrouve là le principe de la partie dans le tout et le tout dans la partie, ou encore l’idée que nous formons des systèmes imbriqués les uns dans les autres, telles des poupées russes. Atomes, molécules, organes, corps humain : un être humain est une holarchie et chaque nouveau niveau est à la fois plus que la somme de ses parties (votre coeur peut à lui seul remplir des fonctions plus complexes qu’un amas de cellules) et moins que la somme de ses parties (votre coeur peut s’arrêter alors que les atomes d’oxygène qui le composent seront toujours là).
Autre similitude intéressante qu’on gagnerait à intégrer dans nos réflexions sur un monde toujours plus difficile à comprendre et appréhender : l’idée que la logique n’est pas linéaire avec juste des causes et des conséquences. Le vivant produit sans arrêt des boucles de rétroaction, donc des effets multiples et potentiellement pervers. Un appel naturel à la modestie, en quelque sorte, puisque nous ne savons jamais réellement ce qu’une décision peut produire.
Et enfin (enfin mais pas fini : allez voir, il reste probablement plein de points communs à trouver), je dirais qu’ils nous aident tous les deux à penser le dialogue entre des polarités qu’on avait tendance à opposer, à isoler, sans les voir comme indissociables et complémentaires. Ainsi, parmi les plus fondamentales, on pourrait citer l’individu et le collectif, l’humain et la nature (égocentrisme et écocentrisme), le masculin et le féminin, la raison et l’émotion, l’uniformité et la pluralité… En reprenant ces polarités une par une, essayez de retrouver le pôle atrophié en ce moment. Les philosophies orientales l’avaient modélisé bien avant, notamment via le yinyang et le Tao mais disons qu’Edgar et Ken nous ont apporté des grilles de lecture dans un monde toujours plus complexe, en essayant de réconcilier des visions ou de sciences vues comme antagonistes alors qu’elles gagneraient à venir sur la colline de l’autre (comme la psycho et la socio, par exemple). Merci Edgar de nous avoir embarqué ! Nous continuerons de voguer avec tes boussoles dans le bateau de la complexité intégrale.
Gwenael LE GUEVEL